Laboratoire LEFMI

Axes de recherche

Approches monétaires et financières de l’innovation technologique et de la transition écologique

1.1 Systèmes Monétaires, Transformations Economiques, Capitalisme (SYMTEC)

Les bouleversements technologiques et économiques contemporains – des cryptoactifs aux monnaies numériques de banques centrales, en passant par les ambitions monétaires des GAFAM – redéfinissent en profondeur le rôle de la monnaie, sa légitimité, ses régulations et ses usages. Les chercheurs de ce sous axe du LEFMI explorent les conséquences économiques, politiques et institutionnelles de ces mutations radicales : désintermédiation financière via la blockchain, émergence de la finance décentralisée (DeFi), conflits entre monnaies publiques et privées, nouvelles formes de souveraineté monétaire, et liens entre monnaie et transition écologique. Les recherches de ce sous axe articulent théorie monétaire, histoire de la pensée économique, et analyse des transformations du capitalisme informationnel. 

Une des questions centrales porte sur la monnaie elle-même : au-delà de son aspect économique, elle est perçue comme une institution sociale qui crée des liens entre individus et société. Quels acteurs peuvent légitimement être considérés comme les représentants de la société, et quelles forces économiques et politiques se cachent derrière cette médiation sociale qu’est la monnaie ? Ce questionnement permet d’éclairer l’évolution du rôle de l’État et des entreprises privées dans la gestion monétaire. Alors que les monnaies numériques et les crypto-monnaies, émanant souvent d’acteurs privés, prennent de l’ampleur, l’avenir du système bancaire et les mécanismes nécessaires à la régulation doivent être questionnés. Quels sont les risques économiques de l’émergence de nouvelles formes de monnaies privées qui échappent au contrôle des banques centrales et des autorités publiques ? Ce phénomène soulève également des interrogations sur la concurrence qu’il peut engendrer avec les monnaies publiques, menaçant ainsi la stabilité économique des nations. Dans ce contexte, l’évolution vers des monnaies numériques de banque centrale suscite un intérêt croissant. Comment ces nouvelles formes de monnaie publique peuvent-elles être intégrées dans l’économie mondiale tout en respectant les principes fondamentaux de régulation et de stabilité financière ? Quels sont les avantages et les risques associés à leur adoption à grande échelle. Enfin, cela amène également à se questionner sur les changements structurels du capitalisme à l’ère numérique. L’ascension des Big Tech (GAFAM) comme acteurs économiques mondiaux remet en question l’organisation traditionnelle des marchés et la relation entre l’économie et les institutions publiques. Les entreprises technologiques, qui se transforment en puissances économiques capables de rivaliser avec les États, se lancent également dans des projets de création de monnaies numériques privées. Ce phénomène est une manifestation directe du capitalisme de plateforme, où l’information, les données personnelles et l’intelligence artificielle deviennent les principales sources de profit.

Parallèlement, une question fondamentale émerge : comment l’essor de ces nouvelles formes de monnaie peut-il se conjuguer avec les objectifs de transition écologique ? La finance décentralisée, alimentée par la blockchain, offre des perspectives intéressantes pour repenser l’économie mondiale et l’allouer aux grands enjeux environnementaux. Les recherches de ce sous axe examinent la possibilité que les technologies financières (comme les crypto-actifs et les stablecoins) peuvent avoir un impact positif sur la transition énergétique, notamment en finançant des projets durables. Ce questionnement est d’autant plus crucial que de nouvelles réglementations écologiques pourraient redéfinir les contours des investissements financiers à l’échelle globale vers des projets verts, tels que les énergies renouvelables, les marchés carbone, ou encore les investissements à long terme dans les infrastructures écologiques.

Les enjeux sont également mondiaux : les transformations monétaires observées en Europe, aux États-Unis ou en Chine redéfinissent la structure de l’économie globale. Le rôle de l’euro et des autres monnaies de réserve dans ce nouveau système monétaire international ainsi que l’idée des monnaies basées sur les ressources doivent être repensés. Le LEFMI s’intéresse à l’avenir du système monétaire international et aux réformes nécessaires pour répondre aux défis posés par ces évolutions, tout en tenant compte de la politique monétaire européenne, des risques liés à la dette publique et des inquiétudes géopolitiques qui se profilent.

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1.2 Finance, Innovation, Entreprises, Société, Soutenabilité (FINESS)

Face aux crises récurrentes des marchés financiers, le LEFMI explore comment rétablir la confiance et intégrer les enjeux environnementaux, sociaux et éthiques dans la finance. Les recherches des membres de ce sous axe portent sur l’investissement socialement responsable, l’impact des innovations numériques (IA, big data, blockchain), la gouvernance d’entreprise, la gestion d’actifs et la gestion des dettes souveraines, et les conséquences du changement climatique. Ils développent des projets en partenariat avec des acteurs publics et privés, notamment sur l’évaluation des données ESG, l’engagement des investisseurs institutionnels, et la parité dans les instances décisionnelles. L’objectif est de repenser la finance à l’aune des défis sociétaux, écologiques et technologiques du XXIe siècle.

À chaque crise financière, les marchés et leurs produits sont remis en question, entraînant l’adoption de nouvelles régulations, de nouvelles méthodes de gestion des risques, et l’émergence d’instruments financiers innovants. Le LEFMI inscrit ses travaux dans cette dynamique de réflexion et de transformation, en s’intéressant notamment à la manière dont la prise en compte des défis soulevés par le changement climatique et les innovations technologiques peuvent redonner sens et efficacité aux marchés.

A titre d’exemple, l’Investissement Socialement Responsable (ISR), longtemps marginal, devient un style d’investissement à part entière, intégrant des critères extra-financiers – sociaux, environnementaux, de gouvernance – tout en affichant des performances comparables, voire supérieures, aux placements traditionnels. Ce constat remet en cause les fondements de la finance classique et soulève la question d’une révision en profondeur des modèles et outils traditionnellement mobilisés dans la gestion d’actifs et le management des risques. 

Les entreprises, grandes émettrices d’externalités environnementales, sont au cœur des préoccupations. Les investisseurs institutionnels, par leur poids sur les marchés, sont appelés à jouer un rôle actif dans l’orientation des politiques durables des entreprises. Les technologies émergentes – big data, IA, blockchain, etc. – offrent des moyens inédits pour mieux mesurer et intégrer les enjeux ESG dans les décisions financières, tout en renforçant la transparence et la participation des parties prenantes. Elles offrent également des outils performants et nécessaires pour financer l’innovation et les projets entrepreneuriaux, comme le montre l’exemple du crowdfunding. Mais il est également nécessaire de s’interroger sur l’influence que l’environnement institutionnel, et notamment la culture nationale, peut avoir sur les mécanismes de gouvernance des entreprises, par exemple sur la place des femmes dans les instances dirigeantes, perçue comme un levier de performance et d’innovation.

L’État reste un acteur central, notamment dans la gestion des dettes souveraines, où la crédibilité des décisions, la question du collatéral, et le rôle des institutions sont cruciaux. La finance historique est mobilisée pour tirer des leçons des crises passées et éclairer les enjeux actuels. Mais les recherches de ce sous axe explorent aussi les effets du changement climatique sur les dettes souveraines, notamment en Afrique subsaharienne et dans la zone UEMOA, afin d’identifier les canaux par lesquels la vulnérabilité climatique peut accroître le risque de défaut. Ces recherches alimentent l’ambition de création d’un pôle d’expertise autour de la finance climatique.

Pour atteindre ses objectifs, le LEFMI organise de manière régulière des manifestations académiques pour renforcer les échanges entre chercheurs et professionnels autour des coûts de la transition énergétique et des réponses financières durables. Enfin, le laboratoire cherche à s’inscrire également dans des projets concrets, tels que l’IA appliquée aux données ESG, ou encore la financiarisation des données ESG dans la région MENA. Ces travaux visent à identifier les obstacles culturels et institutionnels à la diffusion des pratiques responsables et à proposer des cadres méthodologiques innovants pour mesurer la performance sociétale des entreprises.

Formes d’innovations, développement durable et transformations organisationnelles

2.1 Innovations, Dynamiques, Territoires (INNODYT)

Les recherches des membres du LEFMI dans le cadre de ce sous axe visent à analyser les dynamiques organisationnelles, managériales et territoriales de l’innovation, en s’attachant tout particulièrement à la compréhension des conditions propices à l’émergence, au développement et à l’appropriation des innovations de rupture. Elles s’intéressent aux modèles d’organisation qui favorisent la créativité, la prise de risque, l’expérimentation et l’acceptation de l’erreur. Ce questionnement s’articule notamment autour du rôle des pratiques de gestion des ressources humaines dans la stimulation de l’innovation, en lien avec le développement de capacités dynamiques et l’articulation entre apprentissages et désapprentissages organisationnels. Les formes structurelles dites ambidextres (structurelles, contextuelles, temporelles ou en réseau) qui permettent de concilier l’exploitation des savoirs existants et l’exploration de nouvelles voies sont également explorées. L’innovation managériale est analysée comme levier et résultat d’un processus d’innovation plus large, pouvant générer des effets systémiques sur les innovations de produit, de processus ou commerciales.

Les chercheurs de ce sous-axe s’intéressent aussi aux modalités d’accompagnement de l’innovation via des structures institutionnelles dédiées (incubateurs, accélérateurs, pôles de compétitivité, etc.), à l’émergence de nouveaux métiers de l’intermédiation (animateurs, brokers), et à la conception de politiques publiques favorisant les écosystèmes d’innovation. Cette approche met en lumière la porosité croissante des frontières organisationnelles : les business models ouverts reposent sur la capacité des entreprises à intégrer des ressources internes dans des projets externes (inside-out), et inversement à mobiliser des ressources externes pour des projets internes (outside-in), notamment par le recours au « crowd » (intelligence collective, financement participatif, mobilisation citoyenne…).

À l’échelle macroéconomique, les analyses des chercheurs du LEFMI portent sur les politiques publiques d’innovation conçues comme leviers de développement des compétences nationales. Celles-ci ne peuvent être dictées par les seules exigences de la mondialisation, mais doivent s’ancrer dans des contextes spécifiques, dynamiques, et favoriser des interactions collectives soutenues. Cela implique des politiques cohérentes dans les domaines de la R&D, de la formation, de la fiscalité, du soutien à l’innovation et à la transition écologique. La diversité des infrastructures institutionnelles et technologiques à l’échelle mondiale donne naissance à des modèles d’innovation fortement contextualisés.

Les recherches du LEFMI dans le cadre de ce sous axe se déploient notamment à travers la participation au PIA4 – E-SENSE (2024–2034), autour de la transition énergétique. Trois volets sont particulièrement explorés : l’acceptabilité sociale des infrastructures d’énergies renouvelables, les incitations économiques à leur adoption par les particuliers, et les boucles de circularité liées à la gestion locale des déchets ou du recyclage.

L’économie circulaire constitue également un thème fort de ce sous axe. A ce titre, plusieurs projets financés (DAIEC, Institut Français de Bulgarie) ont permis d’explorer les logiques d’ancrage territorial des innovations en lien avec les pratiques circulaires. Plus particulièrement, sont explorées les dynamiques d’apprentissage et d’innovation qui s’inscrivent dans les territoires, selon des configurations formelles ou informelles, ascendantes ou descendantes, en intégrant les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Cette approche vise à identifier de nouveaux modèles de développement fondés sur la coopération et l’optimisation locale des ressources. 

Enfin, de nouvelles pistes de recherche portent sur la transition sociétale à travers l’étude de pratiques de consommation alternatives, de dispositifs innovants comme les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP), et des dynamiques émergentes d’inclusion et de diversité. L’entrepreneuriat social constitue également un terrain fertile d’observation, renforçant les synergies avec les axes existants du laboratoire. L’objectif global est d’éclairer les nouveaux modèles de développement durables, collaboratifs et inclusifs.

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2.2 Management, Innovation, Intelligence Artificielle (MANIIA)

L’émergence de l’intelligence artificielle (IA) bouleverse les économies et les organisations. Le développement rapide de l’IA générative – comme ChatGPT ou Bard – a démocratisé l’accès à ces outils et mis en lumière les enjeux majeurs liés à leur intégration dans la sphère professionnelle, notamment sur le plan éthique et social. Les chercheurs de ce sous axe du LEFMI visent à mieux comprendre les conditions d’appropriation de l’IA, en construisant un pôle de recherche axé sur les usages, l’acceptation et l’impact de l’IA dans les organisations.

Toutes les fonctions de l’entreprise sont concernées : marketing, finance, logistique, RH, commercial, etc. L’IA n’est plus perçue comme un simple outil technique, mais comme un levier stratégique de transformation. De nombreuses entreprises ont d’ailleurs doublé leurs investissements en IA ces dernières années, avec une adoption qui a quasiment triplé dans le monde professionnel. Ce changement profond suscite autant d’opportunités que de défis, en particulier en matière d’acceptabilité, d’éthique, d’adaptation des compétences et d’organisation du travail.

Au sein du LEFMI, plusieurs recherches viennent appuyer cette réflexion multidimensionnelle. L’une d’entre elles s’intéresse à l’acceptation de l’IA dans les pratiques commerciales en B2B. Elle explore comment l’IA peut améliorer la relation client, libérer les commerciaux de tâches fastidieuses, mais aussi les soutenir dans la prospection ou la formation. Une seconde s’attache aux effets de l’IA générative sur la reconnaissance et l’autonomisation perçues du consommateur dans la relation à la marque, en particulier dans la gestion des réclamations clients.

L’approche des membres de ce sous axe du laboratoire ne s’arrête pas aux fonctions commerciales ou marketing. En effet, l’IA peut aussi contribuer à une planification écologique plus efficace des chaînes logistiques, notamment dans le secteur hospitalier. Ces recherches prennent en compte des indicateurs logistiques, financiers et environnementaux, comme la réduction des émissions de CO₂, l’optimisation des stocks ou la gestion de produits périssables. L’IA est ici pensée comme un outil de rationalisation au service de la performance durable.

La fonction RH est également impactée. Ainsi, des chercheurs du LEFMI explorent l’impact de l’IA dans les pratiques de formation des salariés. Comment les outils d’IA modifient-ils la manière dont les employés acquièrent des compétences ? Sont-ils acceptés facilement ou imposés par les cadres hiérarchiques ou environnementaux ? Quelle place accorder à l’humain dans ces nouvelles logiques d’apprentissage et de développement des compétences ? Ce projet inclura une forte dimension territoriale, avec une implication d’acteurs locaux tels que l’ANDRH, les CCI, ResoRH ou Amiens Cluster.

Enfin, dans un contexte de pressions accrues sur les salariés (performance, rentabilité, rythme de travail), une thèse CIFRE en cours au LEFMI porte sur la prévention des risques psychosociaux dans une entreprise industrielle fortement concurrentielle (secteur du pneumatique). Elle étudie les liens entre pratiques managériales, bien-être des salariés et performance globale de l’entreprise, dans une logique de responsabilité sociale.

La plupart de ces travaux s’intègre dans le cadre du PIA4 – MAIA (Maîtriser les Applications dans l’Intelligence Artificielle), dans lequel le LEFMI est partenaire. Ce programme offre un cadre propice aux synergies entre disciplines et secteurs d’activité, avec l’ambition de mieux comprendre les transformations induites par l’IA et proposer des réponses adaptées, responsables et ancrées dans les réalités du terrain. Il convient également de mentionner, dans le cadre du même programme, les travaux des membres du LEFMI sur le rôle que l’IA pourrait jouer dans le domaine de la santé mais aussi dans la prévention et l’accompagnement des troubles mentaux, par des approches interdisciplinaires mêlant sciences comportementales, intelligence artificielle et éthique.

En structurant ces recherches autour de l’acceptation, de l’appropriation et de l’impact de l’IA le LEFMI affirme sa volonté de contribuer activement à la réflexion sur les mutations contemporaines du travail, du management et de la prévention, en plaçant l’humain et le territoire au cœur de ses préoccupations scientifiques.